Ravage, René Barjavel, 1943.

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Ravage est le récit d’une apocalypse salvatrice, purificatrice, celle de l’épuration d’une société déliquescente, trop dépendante des techniques. L’arrêt brutal de toutes les machines produit un retour providentiel à l’ancien monde, aux anciennes valeurs, à un  rapport plus étroit avec l’environnement. Certains vont y survivre, la plupart vont périr, la catastrophe sélectionne et choisit ses élus. François Deschamps est de ceux-là, son existence campagnarde, loin des grandes villes, l’a prémuni contre cette perte, il est prêt pour ce retour en arrière. Avec Blanche, son amie d’enfance, ils vont tâtonner à la recherche d’une nouvelle société à bâtir, nettoyée de toutes contingences mécanisées.

Extrait:

De ce grouillement que la lune peignait d’une lumière sans relief ne s’élevait pas un cri, pas un mot qui rappelât que ces larves avaient été des hommes, mais un concert bas de grognements, de sons inachevés, chuchotés, de bruits de bouches qui mâchent et boivent, de clapotis d’eau, et de mains, de cuisses, de ventres nus qui se traînent. Une odeur de vase, de poisson crevé, de charogne et d’excréments montait jusqu’aux narines des cinq compagnons hallucinés, qui n’arrivaient pas à s’arracher à ce spectacle. Ils comparaient leur propre misère à cette horreur. Nus, mais debout, maigres, affamés, las, mais décidés à la lutte, ils étaient loin de cette déchéance atroce. Ils n’avaient pas encore renoncé. Ils étaient encore des hommes.

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