Le Voyage d’Anna Blume, Paul Auster, 1987.

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Anna Blume écrit une lettre à un ami lointain, elle lui raconte son passage dans le « pays des choses dernières », dans « la cité de la destruction », où tout s’achève. Après le franchissement, plus de retour possible, l’extérieur est banni, il ne reste plus que la ville et ses horreurs qui étouffent ses habitants jusqu’à l’excès. La mort est partout, on en fait commerce, on s’en gargarise, on la recherche, on la désire, sans avoir vraiment le courage de la formuler en actes. A l’intérieur, les marqueurs de temps, de lieux, se diluent, la mémoire est fragmentaire et amnésique, les sectes étranges et irrationnelles pullulent. La cité est un labyrinthe de ruines qui échappent aux logiques communes, ce qui était hier solide peut avoir disparu demain. Dans cette déliquescence Anna est à la recherche de son frère qui l’a précédé ici, mais au-delà de sa quête, elle cherche toujours à lutter contre cet avilissement, à conserver encore des barrières morales dans le marasme.

Extrait:

Ce qui me paraît surprenant, ce n’est pas que tout se désagrège, mais que tant de choses continuent à exister. Il faut longtemps pour qu’un monde disparaisse, bien plus longtemps qu’on ne le suppose. Les vies continuent à être vécues et chacun de nous reste le témoin de son propre petit drame. Il est vrai qu’il n’y a plus d’écoles ; il est vrai que le dernier film a été projeté voilà plus de cinq ans; il est vrai que le vin est désormais si rare que seuls les riches peuvent se le payer. Mais est-ce là ce que nous entendons par vie ? Que tout s’évanouisse et voyons alors ce qu’il y a. Telle est peut-être la question la plus intéressante : voir ce qui se passe lorsqu’il n’y a rien, et savoir si nous serons capables d’y survivre.

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