La Route, Cormac McCarthy, 2006.

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Le monde gris de Cormac McCarthy se désagrège en silence, effritement de cendre et de terre asséchée, on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment, mais la fin est bien là. Seul un père et son fils, sans nom, ni passé, traînent, sur le goudron fondu d’une route interminable, un caddie rempli de leurs dernières provisions, comme une métaphore d’une odyssée ratée, d’une quête sans but jusqu’au vaste mur de la mer, lointain espoir qui les anime. A chaque courbe de béton les attendent de pauvres épaves, résidus d’âme, qui ont perdu toute humanité dans l’entredévoration et la cruauté malade, contre eux ne résistent que la candeur et la naïveté de l’enfant qui persiste à croire en son cœur, qui persiste à combattre ce qui n’a plus de nom et de visage.

 

Extrait :

L’homme l’observait. Comment saurait-on qu’on est le dernier homme sur terre ? dit-il.
Je ne crois pas qu’on le saurait. On le serait, c’est tout.
Personne ne le saurait.
Ça ne ferait aucune différence. Quand on meurt c’est comme si tout le monde mourait aussi.
Je suppose que Dieu le saurait. N’est-ce pas ?
Il n’y a pas de Dieu.
Non ?
Il n’y a pas de Dieu et nous sommes ses prophètes.

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