Des Anges Mineurs, Antoine Volodine, 1999.

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Des anges mineurs raconte en 49 narrats, quelques fragiles fragments de vie, de survie, éparpillés en instantanés, l’histoire d’un monde si proche du nôtre et tellement éloigné, qui se désagrège au fil de l’écriture, où les logiques du temps, de l’espace, de la vie, de la mort, se disloquent, les contraires se répondent, les chairs se confondent, les actes perdent leurs sens. Les personnages, figures fantomatiques de papier, qui dialoguent par échos lointains d’un narrat à un autre, se perdent dans ce cauchemar éveillé, noir de suie, où les destructions capitalistes côtoient les ferveurs révolutionnaires ; les envolées poétiques, les atermoiements désespérés de la fin ; le réel bercé d’instincts, les songes étranges et inconsistants loin de tout repère humain. Cette polyphonie angoissée, sous perfusion, hagarde, douche toute aspiration aérienne pour se perdre dans l’agonie basse de ce monde au bord du gouffre. L’auteur en vient lui-même à se tamiser dans cette distorsion, il ne s’appartient plus, le récit l’a dévoré comme ces 49 figures laissées pour compte, laissées en vie, en sursis, encore quelques instants…

 

Extrait :

Voilà ce qui se présente quand on me demande de voyager jusqu’au plus extrême de mes souvenirs, ou lorsque, par exemple, vous m’interrogez sur le pourquoi de cette nostalgie d’un paradis noir qui m’accompagne et ne me lâche pas, et qui toujours, à un moment ou à un autre, visite ceux qui remuent et parlent dans l’espace de mes narrats étranges. Je suis né contre mon gré, vous m’avez confisqué mon inexistence, voilà ce que je vous reproche.

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